Le contrôle comme point de départ
Le cycle commence fréquemment par une phase de contrôle :
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règles alimentaires précises,
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vigilance accrue,
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sentiment de reprise en main,
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impression de sécurité retrouvée.
Cette phase peut être vécue comme rassurante.
Elle donne le sentiment de faire « ce qu’il faut », de reprendre le pouvoir sur son alimentation et parfois sur son corps.
Le contrôle joue alors une fonction de contenance psychique.
La montée progressive de la tension interne
Avec le temps, le contrôle exige un effort constant :
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attention soutenue,
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inhibition de certains désirs,
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anticipation permanente des situations à risque,
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gestion de la frustration.
Cette tension n’est pas toujours consciente.
Elle s’accumule progressivement, sous forme de fatigue mentale, d’irritabilité ou de lassitude.
Le corps et le psychisme supportent cette contrainte… jusqu’à un certain seuil.
Le relâchement comme réponse adaptative
Lorsque la tension devient trop importante, un relâchement survient.
Il peut prendre différentes formes :
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consommation d’aliments jusque-là interdits,
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abandon temporaire des règles,
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impression de manger « sans limite ».
Ce relâchement n’est pas une défaillance.
Il constitue une réponse adaptative face à une pression prolongée.
Le psychisme cherche à restaurer un équilibre, même de manière imparfaite.
Pourquoi la perte de contrôle est vécue comme violente
Le relâchement est souvent suivi d’un jugement sévère :
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culpabilité,
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honte,
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sentiment d’échec,
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peur de recommencer.
Ce regard négatif empêche de reconnaître la fonction régulatrice de l’épisode.
La perte de contrôle est alors vécue comme une rupture, au lieu d’être comprise comme un signal.
Cette interprétation renforce le besoin de reprendre le contrôle rapidement.
La réinstallation du cycle
Après l’épisode de relâchement, la réaction la plus fréquente consiste à :
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resserrer les règles,
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renforcer le contrôle,
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se promettre de « faire mieux ».
Le cycle se referme alors :
contrôle → tension → relâchement → culpabilité → contrôle renforcé.
À chaque répétition, la relation à l’alimentation peut devenir plus conflictuelle et plus épuisante.
Pourquoi ces cycles sont si difficiles à interrompre
Ces cycles s’auto-entretiennent car ils reposent sur deux besoins fondamentaux :
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le besoin de sécurité,
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le besoin de relâchement.
Le contrôle tente de répondre au premier.
La perte de contrôle répond au second.
Tant qu’aucune alternative structurante n’est proposée, le système oscille entre ces deux pôles.
Sortir du cycle sans basculer dans l’opposé
Rompre avec ces cycles ne signifie ni maintenir le contrôle à tout prix, ni abandonner tout cadre.
La sortie passe par un changement de logique :
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réduire la pression plutôt que la volonté,
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stabiliser plutôt que contraindre,
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observer plutôt que juger.
Il s’agit de créer un cadre suffisamment contenant pour éviter la montée excessive de la tension, tout en laissant une place au relâchement sans rupture.
Le rôle central de la progressivité
La progressivité permet :
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d’abaisser le niveau de tension de départ,
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de rendre les ajustements supportables,
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de limiter les besoins de relâchement brutal,
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de restaurer une continuité dans la relation à l’alimentation.
Elle agit comme un amortisseur entre les besoins psychiques et les contraintes alimentaires.
Conclusion
Les cycles contrôle–perte de contrôle ne sont ni des anomalies ni des défaillances individuelles.
Ils sont l’expression d’un système sous tension, cherchant à maintenir un équilibre par alternance.
Comprendre leur fonctionnement permet de déplacer le regard :
du jugement vers l’analyse,
de la lutte vers l’ajustement,
de la contrainte vers une structuration progressive et sécurisante.
C’est dans cette compréhension que peut s’amorcer une relation plus stable et plus apaisée à l’alimentation.
Sources professionnelles et scientifiques (priorité France)
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INSERM – Restriction cognitive et comportements alimentaires
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ANSES – Facteurs psychologiques impliqués dans les prises alimentaires
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Haute Autorité de Santé (HAS) – Prévention des troubles du comportement alimentaire
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Société Française de Nutrition (SFN) – Cycles alimentaires et régulation comportementale
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Collège National des Enseignants de Nutrition – Approches intégratives des comportements alimentaires